L’Amazonie. Son fleuve, le plus grand du monde. Sa forêt, la plus grande du monde. Sa faune, la plus détestable du monde. Sa flore, la plus incompréhensible qu’il lui ait été donné de voir. Et sa chaleur, la plus insupportable qu’elle n’ait jamais eu à supporter. Le contexte placé, voyons un peu comment se débrouille la Noah de la solitude dans cet endroit où justement, la solitude ne manque pas.
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Soupirs. Depuis bientôt deux jours Svetlana Sevrinova avait été lâchée –oui c’était bien le mot- dans cet amas foisonnant d’arbres, de plantes, d’animaux, et d’incestes, et la Noah commençait sérieusement à songer au suicide. Elle suffoquait lourdement, tombait maladroitement dans la terre humide, se faisait vider de son sang par des moustiques implacables au risque d’attraper la fièvre jaune, le paludisme, la dengue, et tant d’autre maladies. Et c’était sans parler des araignées et autres. Mais, des insectes, elle pouvait encore en supporter, il lui suffisait dès qu’elle le désirait, de les ignorer comme elle savait si bien le faire avec les humains. Non ce qui lui causait le plus gros souci, était probablement le manque d’oxygène…ou plutôt le manque d’oxygène facilement respirable. C’est-à-dire pas chargé d’environ 70 à 80 % d’humidité.
Vivant dans une région du monde où l’air se trouvait être plutôt froid…voir glaciale, se retrouver ainsi plongée dans un univers aussi chaud et désagréable lui faisait tourner la tête de façon assez désagréable, et au risque également de se perdre dans cette même région. Le GPS n’existant pas encore à cet époque, et les Noah ne n’étant pas dotés d’une boussole intégré dans leur organisme, (une idée à proposer au Comte tiens) il était plus que probable que le dénouement de cette petite escapade –devinez en le but petits malins- se solde par une Svetlana égaré et une innocence encore en liberté. Avouons, le Comte Millénaire pouvait être quelque peu sadique avec ses petits Noah lorsqu’il en avait le temps et l’envie. Mais ce n’était surement pas la Russe qui allait le lui faire remarquer ou encore lui désobéir. Après lui avoir redonné une raison de vivre, surement pas. Et bien que cette raison soit considérée par certains comme une sorte d’asservissement, la « jeune femme l’acceptait. Pourquoi ? Et bien parce que sinon que ferait-elle de ses pouvoir, de sa vie d’immortelle ? Elle errerait sans but dans les steppes du grand pays de Pierre le Grand comme une âme en proie à une peine sans fin. Non, elle préférait ne même pas y penser. Elle avait un but, celui du Comte, et c’était suffisant…Mais après ?
Non, ne pas penser, agir. La pensé était infinie. Commencer à penser, c’était se plonger dans le lit d’une rivière sans fin qui pourrait sans mal vous emporter vers des raisonnements félons. Et ce n’était sûrement pas ce que la Noah voulait. En fait en ce moment, sa seule pensé se résumait à trouver l’innocence. Pas de façon frénétique. Mais il fallait bien qu’elle la trouve pour pouvoir rentrer dans l’arche. Ah l’Arche. Son havre de paix. Qu’elle aimerait s’y trouver en ce moment, seule avec son piano, où alors entourée de gens qu’elle appréciait. Rien que cela lui donnerait le sourire. Un sourire si rare, pour des personnes rares. Car oui rares étaient les amis ou proche de la brune. Elle était méfiante longtemps envers quiconque désirait devenir son ami. Pourquoi ? Parce que l’être humain, le Noah également, peut très facilement devenir traire. Oui traitre. C’était le refrain que martelait son cerveau à chaque tentative d’un étrangers de créer un quelconque lien avec elle…ou même avec autrui. Bien qu’elle se fiche des autres –que pouvaient-ils bien lui apporter, ils n’arrivaient même pas à lui faire sentir leurs véritable présence- elle aimait à observer les choses se déroulant sous ses yeux de temps à autre. Une façon banale d’occuper ses journées.
Bon et bien sinon il y avait les missions comme celle de ces deux derniers jours. Harassante, épuisantes au possible, aussi bien physiquement que moralement. Celle dont la Noah se serait bien passée. Mais apparemment c’était pour lui « forger le caractère ». Si elle avait été vulgaire, en ce moment même, elle aurait juré tout haut à cette pensée. Lui forger le caractère, quelle idée.
Patauger dans la gadoue, s’étouffer à cause du manque d’air, avoir de l’urticaire, souffrir de la faim –quoi que ça elle pouvait supporter- n’allai en rien lui forger le caractère. Bien au contraire. M’enfin.
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Je soupirais. Pour probablement la quatre-vingt septième fois depuis mon départ de la « maison ». Il faisait chaud, une chaleur humide, le matin, et le soir, l’humidité dans l’air se faisait glacée. Un peu comme dans le Sahara. J’avais faim, faim de bonne cuisine, et en cet instant je donnerais tout pour un plat bien de chez moi. Non je n’étais pas hermétiquement fermée à tout. J’aimais la bonne cuisine…Et en ce moment les racines, fruits, poissons grillés sur place, les viandes séchées et autre n’était pas pour me plaire. Oh non.
Soupir, soupir. J’aimerais bien croiser quelqu’un, ne serait-ce qu’un indigène, j’ai appris par mes frère déjà passés par ici qu’il y en avait quelque fois. Mais qu’ils n’étaient pas faciles à approcher et que de toute façon, il n’y en avait pas énormément. Misère, que la solitude était pesante quelque fois. Il n’y avait rien ici, aucun signe de la civilisation à laquelle j’étais tant habitué. Il n’y avait que des insectes buveurs de sang, horrible, bizarre et pouvant sortir tout droit de l’esprit d’un scientifique fou à mon sens. Le seul bruit pouvant être entendu étant celui des oiseaux et encore. Les quelque animaux ayant sentit ma présence s’étant enfui en vitesse. J’étais seule. Toute seule. Cette conclusion me mettais les larmes aux yeux alors que je sentais mon visage prendre des airs angoissés et ma respiration se faire sifflante et difficile…Oh non…Je devais absolument penser à autre chose ! Penser à autre chose…Cela me semblait impossible ! Devant mes yeux agités, les arbres prenaient des formes étranges pour finir par se recouvrir d’une texture lisse beige, voir blanche, de la peau humaine, se doter de bras, de jambes, d’un visage et…Oh mon dieu (désolé désolé désolé je l’ai pas dit tout haut !)
-Mamaïa Maman. Putain mais qu’est-ce qu’elle foutait là. Mais qu’est-ce qu’elle foutait là ! Non ! Elle était morte ! Morte ! Elle m’avait abandonné pour le souvenir d’un bébé mort-né ! Non ! Elle n’était pas réelle ce n’était pas possible !
-Tu es quoi bordel ! Vas-t-en ! Tu n’es pas réelle, tu ne peux pas être réelle ! Je perdais tout contrôle ! Comme dirais d’autres, je perdais les pédales. Je me sentais légèrement trembler et j’avais l’impression que le monde entier m’en voulait. Tous ceux que j’avais connu et qui m’avaient laissé apparaissaient devant moi. Silencieux. Avant de me tourner le dos. J’étais définitivement toute seule ! Cette pensée gonflait dans mon esprit, me privant d’air, de tout résonnement logique et de toute retenue. Je m’affaissais contre un arbre et me laissait aller à mon sentiment. La solitude, l’isolement, la claustration, l’abandon. Il n’y avait personne pour me voir. Je pouvais donc pleurer. Personne pour me consoler. J’étais toute seule. Même les insectes ne voulais plus de moi à présent, je ne sentais plus leurs morsures. Je m’en sentais presque délaissé, jetée dans ce coin perdu du monde par ma « famille ».
Peut-être était-ce ça ? Peut-être m’avaient-ils trahit et envoyé ici pour se débarrasser de moi ? Mais qu’avais-je fait de mal ? Absolument rien ! Non je m’étais toujours conduit de façon honorable, peut-être un peu distante, mais qu’y pouvais-je ? Je n’avais pas choisi d’être une Noah, et encore moins celle de la Solitude ! Je ne l’avais pas voulu…mais si ce n’avait pas été ça, que serais-je devenu ? ! Si le Comte ne m’avait pas remarquée, que serais-je aujourd’hui…peut-être morte sur le trottoir en ce soir glacial de Janvier. Cela aurait peut-être été mieux pour moi. Mais 50 ans après, j’étais toujours à ses côtés. S’il ne voulait vraiment pas de moi, il m’aurait jetée plus tôt non ? Alors je ne devais pas douter. Il me l’avait dit. J’étais désormais de la famille. Et on n’abandonnait pas sa famille. On ne m’abandonnait pas ! On ne me laissait pas seule ! Je le refusais catégoriquement ! Je terminerais cette mission, et avec brio ! Puis quand je rentrerais à la maison, je me mettrais à la recherche de tous ceux m’ayant délaissé! C’était inacceptable ! Et désormais interdit ! Quiconque voulant être mon ami, ne devrait plus jamais me quitter. Il devrait rester avec moi éternellement, comme mon ombre. Plus jamais je ne serais aussi seule que maintenant. Gare à tous ceux m’ayant juré qu’ils seraient toujours à mes côté et qui m’avaient trahi. Le prix à payer serait à la hauteur de leur mensonge et leur félonie. Ne jamais faire de promesse que l’on ne pouvait tenir.
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Le bruit de sa respiration s’apaisant progressivement, la Noah ferma délicatement les yeux, laissant son visage exprimer désormais un certain calme. Des crises de ce genres, ou ses pensées et son cœur s’affolaient, où son souffle se faisait laborieux et où la parole lui était complètement coupée n’était pas rares…au début, lorsqu’elle venait à peine d’être doté de son pouvoir de sa mémoire. Mais au fur et à mesure cela c’était calmé grâce à une certaine résignation. Oui la Noah était résigner, elle ne pourrait jamais se sentir accompagné alors à quoi bon espérer vainement. Le Comte lui-même le lui avait dit. Alors elle s’était fait une raison. Mais aujourd’hui, alors qu’elle était vraiment seule, alors que les alentour étaient vides de toute présence malgré ce que son esprit voulait lui faire croire, ses résolution en prenaient un coup. Pas trop fort pour l’ébranler entièrement, mais assez pour provoquer ce qu’elle appelait parfois une overdose de solitude. Sauf que malheureusement elle ne pouvait pas en mourir. Juste perdre un peu plus de sa raison.
Une main lasse humide de l’eau du sol et plein de de boue passant sur son visage, nous étions loin de la Svetlana raffinée aimant singer les crèmes de la société russe en imitant leurs plus beau travers. Sale, sentait la sueur, ses longs cheveux emmêlés et collant à sa peau, adossée misérablement à un arbre, non, la Russe n’avait plus rien de raffiné et d’aristocratique. Mais dans ses yeux brulait une nouvelle flamme. Froide certes, mais bien présente, et qui contre toute attente lui donna la force de ses relever, chancelante, et de se remettre à marcher, grimper, ramper dans le parcours du combattant qu’était cette forêt semblant infinie. La Solitude n’était peut-être pas si vide en définitive…mais alors de quoi brûlait cette flamme ? De rancœur, ou de détermination. Ou l’un alimentait-il l’autre ?
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Son sabre tranchait, implacable, les obstacles obstruant l’avancée on ne peut plus prudente de la Noah. Oui car être déterminé ne voulait pas dire téméraire. D’ailleurs personne de censé n’aurait l’idée de coller cet adjectif à la jeune femme, tant il ne correspondait pas à sa façon d’agir. Mais dans ses pas, tout était mesuré pour, désormais, dépenser le moins d’énergie possible. Il ne faudrait surtout pas qu’elle arrive auprès de l’innocence entièrement vidée. Ce serait complètement stupide. D’autant que si un exorciste pointait le bout de son détestable nez (pour ne pas dire groin) , elle serait vulnérable. Chose détestable en soi. Aussi la russe commençait à prendre un certain rythme, de respiration, mais aussi de marche. Il suffisait qu’elle ne se concentre que sur cela pour que son corps réagisse automatiquement. Comme une machine à laquelle on donnerait un l’ordre répétitif auquel elle serait obligée d’obéir. Ici, l’injonction était : « Marche ou crève ». Joyeux n’est-ce pas. Mais il n’empêche que sans cela, elle serait probablement restée prostrée contre son arbre, abattue.
-Tcch ! Merde !Oui désormais, ce genre de juron sortait de la bouche délicate de notre chère amie, la retenue n’étant plus à l’ordre de jour ; elle était seule non ? Elle pouvait donc dire ce qui lui passait par l’esprit, même le pus insensé des raisonnements. Alors désormais, lorsque son pieds glissait, qu’elle se retrouvait au sol, ou alors qu’une branche ne désirait pas se laisser couper afin de lui laisser le passage, elle passait sa frustration en jurant. C’était naturel. Il fallait bien qu’elle se lâche sur quelque chose, ou elle deviendrait une vrai bombe à retardement.
-P’tin mais c’est quoi cette démangeaison bordel ! J’ai vais finir par être rouge homard force de me gratter ainsi !Il était vrai qu’elle commençait sérieusement à y ressembler. Les rougeurs apparaissant sur sa peau n’étant pas des plus anodines. Aussi alors qu’elle se grattait frénétiquement le cou, une vision fugace lui revint à l’esprit. St-Petersburg. Alors qu’elle cherchait l’innocence, elle s’était mise à ressentir d’étranges démangeaisons qui n’avaient fait que s’intensifier au fur et à mesure qu’elle avançait vers le morceau de cube. Peut-être était-ce là son ticket de réussite…et de retour à la maison par extension. Aussi c’est pesant le pour ou le contre qu’elle continua à marcher dans la direction qu’elle avait choisi, tentant de retenir sa main d’aller à la rencontre de sa peau déjà sensible. Si elle avait de la chance, elle aurait trouvé l’innocence avant la fin de la journée.